L’enfer de la cuisse (teaser en lettres)

Alors que mon second roman avance à la vitesse d’un escargot en skateboard, voici un texte-teaser de l’histoire en développement. Enjoy… or not !

Les motifs de ma présence ici sont encore confidentiels.
Higgins joue du piano. Je demande c’est quoi cet air. Il répond du jazz. Quoi comme jazz ? Il dit que les mecs comme moi n’ont pas le cerveau étudié pour comprendre cette musique. Ni la culture. Je me retourne pour lui lancer un regard en chien de fusil. En chien de sulfateuse, même. De ceux qui veulent dire que je lui enfoncerais volontiers mon poing dans sa grosse moustache brossée. Et pas qu’une fois. Mais il s’en tape. Il pianote les yeux fermés. Son menton dodeline pour caresser l’invisible de je ne sais quoi. L’invisible de l’art. L’invisible de la musique. Higgins baigne dans une sorte d’extase et moi dans mon jus, car il fait une chaleur à crever. Sur le gazon, ses orteils gigotent comme de petits vairons qui fuiraient l’ombre pour un coup de langue bouillant du soleil. Il jouirait presque le con. Si une mélodie suffisait à me ramollir le cordon, je ferais pareil. J’achèterais un piano et je gâcherais la vie de mes voisins. Le matin au réveil. Une ou deux fois. Trois concerts le dimanche au chant du coq. Le midi, après le repas. Le soir en rentrant du boulot. Au milieu de la nuit quand le sommeil se ferait désirer. Avec un piano waterproof, je jouerais même sous la douche. J’inventerais toutes sortes de compositions. Des trucs à durée variable. Des qui s’éternisent. Des qui vous carbonisent l’âme en moins de deux. Parfois, les touches craqueraient sous mes coups de paluches. J’irais comme un dingue les broyer en hurlant des insanités. Peut-être bien que le finale aurait un accompagnement à la masse. Des coups de masse sur la table d’harmonie, métal contre métal, cris stridents de démolition. Parfois, j’effleurerais la pureté blanche du clavier et les sons sortiraient avec la douceur de petits râles de plaisir. Des râles de chatte étouffés dans les draps de mon délire. Je réinventerais la musique avec des bouts de ce qui existe depuis toujours. Je réinventerais rien, quoi ! Mais, je m’éclaterais à faire semblant. Semblant d’être unique, créatif, artistique. Semblant d’être supérieur à ce crétin d’Higgins. Celui-là, il aurait mérité d’avoir un père comme le mien. Il en a pas assez pris des calottes. On l’a pas assez cogné cet enfant de charogne. Sa chemise est plus propre que la mienne, ses joues mieux rasées et sa montre plus étincelante. Son plaisir est de me voir serrer les poings, de me sentir cloîtré dans la chair de mes désirs. Lui le majordome, moi l’ouvrier et tout autour de nous le jardin des plaisirs. La féminité qui éclôt dans chaque centimètre carré de verdure de notre impitoyable paradis. Elles sont partout. Les filles du maître des lieux. Les filles de M. Monkey. Les filles de l’interdit. Aucun lien de sang entre le singe et ses femelles. Que de la soie et de la sueur. Que de la lèche et des poils entortillés si vous voyez ce que je veux dire. Higgins, le majordome. Moi, l’ouvrier de passage. Lui, l’esthète du jazz et de l’impressionnisme américain. Moi, l’ouvrier, le misérable inculte diplômé des hautes écoles du hasard. L’ouvrier et sa paire de couilles qu’un rien chatouille. Nous dans l’enfer de la cuisse.

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Higgins presse les pédales de son joujou et mes nerfs grondent.
Aussi haut soit-il, le soleil frappe et touche toujours.
Pendant que le maître récupère de ses pérégrinations « au pays du stupre », Esra et sa sœur pataugent dans la fontaine et s’aspergent en riant de bon cœur. Sous le verre brun de mes lunettes, des arcs-en-ciel se dessinent en nuances de noir sur leur peau caramélisée.
Je décapsule une bière. Son goulot s’appuie délicatement contre mes lèvres. C’est le seul téton que j’ai le droit d’enserrer de si près. Les bulles tombent dans mon estomac avec la légèreté d’une pluie de pétales. Même s’il soûle autant, l’alcool ne remplace pas les femmes. Higgins lâche ses partitions et va s’enduire les bras de crème. Yumiko accourt et étale la coulée sur ses épaules. J’ai eu le temps de voir l’arc de sa toison. Elle n’avait pas noué sa robe de chambre. J’entends un merci nonchalant. Un merci de vieux gars trop bien éduqué. Insipide. Le majordome est vacciné contre la beauté. Au début, j’ai cru qu’il était pédé. J’avais tort. C’est juste qu’il s’en branle. Sans se salir les mains. Sa femme vient lui rendre visite un dimanche par mois. Elle est moche et elle pue. C’est pourtant la seule chose qu’il daigne bécoter. Semblerait d’ailleurs que ça lui plaise. Moi, la bière. Lui, la rombière. À mon tour, j’empoigne un tube de crème. Assis sur mon transat, le liquide blanc s’éparpille sur ma poitrine. Les yeux de Yumiko dévient vers moi. Puis, ils reviennent entre les omoplates d’Higgins. Puis, ils prennent à nouveau la tangente. Une petite tape sur l’épaule et Higgins reprend son poste. Yumiko essuie le surplus poisseux entre ses seins et s’approche de moi. Elle est pure, cette petite geisha. Elle n’a pas idée des idées qu’elle me donne. C’est l’innocence avec du vernis à ongles. Son visage empêche toute incrimination. On ne peut pas avoir de mauvaises intentions avec des traits aussi sobrement répartis, comme par petites touches. Le monde vous semble pourri et conspirateur, et soudain vous voyez un visage qui fige le brouhaha de l’humanité. Comme le tableau rare d’un connard d’impressionniste surdoué qu’on aurait accroché dans le fond d’un restaurant miteux. Comme un rond de fraîcheur sur une fenêtre pleine de graisse. Yumiko m’invite à m’allonger sur mon fauteuil. Elle se positionne à califourchon sur mon ventre bombé par un moelleux gras-double. Le nœud de sa robe, mollement serré, se libère encore. Son petit sexe noir se dissimule derrière mon nombril en forme de queue de ballon gonflable. Ça pique un peu. Ça exhale une humidité qui m’encombre la gueule, les naseaux et le dessous de la ceinture. Yumiko me sourit et le brouhaha de l’humanité reprend. Tout est conspiration. Tout le monde en veut à ma braguette. La pureté de Yumiko est un mirage. Ses mains glissent sur des vagues de crème tandis qu’elle souffle silencieusement. Le seul bout de réalité qui subsiste à ce moment de provocation ne tient qu’à un fil. Au bord de la rupture. Dans un coin de mon crâne, une minuscule graine de volonté tangue au-dessus du vide. Son poids s’alourdit. Elle est comprimée dans une coquille de folie, d’envie et de regrets. Une illusion qui vous pince le bout des seins, ça n’incite pas à garder la tête froide.
Yumiko continue.
Le soleil s’acharne et Higgins change de répertoire. Mon envie de le démolir s’estompe.
M. Monkey dort, le nez sur le flan de Rebiha.
Les motifs de ma présence ici demeurent confidentiels.
Le relâchement est interdit.
Question de vie ou de mort, m’a-t-on expliqué.

Je ne suis qu’un ouvrier… et pour survivre dans cet alléchant merdier, il aurait peut-être été préférable que je sois pédé !

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