Clarence

Mon roman avance toujours à la vitesse d’un escargot en skateboard. Avec un peu de vent pour pousser la coquille. Si bien que j’ai eu envie de buller sur un nouveau texte-teaser. Ça me détend. Ça prend un quart d’heure et me donne l’impression d’avoir eu la grosse journée d’un salary men japonais. Alors, autant en profiter !

Clarence Balmer et son haltère.

Lard de vivre.

J’avance un peu. Dans Clarence. J’ai pas baissé mon froc. Pas encore. J’avance dans lui, dans sa tête, pas dans son cul. Son cul, c’est un peu le mien. Et sa tête aussi. Sauf qu’on a pas le même âge, que j’ai rien vécu de son histoire, que je me contente de la raconter. De l’inventer surtout. Clarence, c’est personne. C’est pas moi, ni le voisin, ni mon père. Je crois que c’est un mec à qui je voudrais pas ressembler, mais qui partage malgré tout un paquet de points communs avec moi. Au premier abord, c’est pas forcément évident. Par exemple, moi, je surveille mon nombril. Je veux pas avoir une bedaine aussi encombrante que la sienne. Les femmes trouvent que ça lui va bien. Les bas-reliefs d’un ventre plat manquent de caractère selon certaines. De toute façon, les abdos, il s’en fout Clarence. Pour frimer comme ces tapettes dans les clips de MCM ? Il a plus l’âge de se poser ce genre de question. Là-dessus, on est différents. Là-dessus, je l’envie le gaillard. S’il était beau, Clarence serait pas aussi attachant. J’en ai la certitude.


Hier, Clarence a pété la gueule d’un type. Dans un bar. Dans les chiottes. Un grand noir habillé en basketteur. Le gars venait de New York, sans être Américain pour autant. Clarence l’a confondu avec un autre noir. Le noir de ses doutes et de ses peurs. Le noir qui le poursuit depuis le début de sa retraite. Parce que Clarence est en retraite. Enfin presque. Il taffe encore le bougre. Il veut se payer du bon temps et il lui manque encore quelques briques pour être tranquille. Il bosse depuis l’âge de 16 ans Clarence, seulement, vu qu’il est Français, ça suffit pas. Y’aurait fallu qu’il commence à bosser dans le ventre de sa mère, quoi. Pas pratique pour encaisser les chèques. Hier, un innocent a mangé du carrelage à cause d’un malheureux quiproquo. Demain, un autre type prendra une bastos dans la carafe. Faudra pas se tromper. Quand il est au calme, chez lui, devant la télé, Clarence n’est pas violent du tout. S’il avait un chat, il lui dirait de monter sur ses genoux, et le matou en ronronnerait de plaisir. Quand il est en voyage d’affaires, Clarence est parano. À fond. Ce qui peut le rendre violent. Jamais gratuitement, qu’il soit dit. Quand une sortie dérape, il pense qu’il vaudrait mieux qu’il reste chez lui la prochaine fois. Vaudrait mieux pour lui et pour les autres. Pour les innocents, pour les fouille-merdes, pour les individus un peu trop curieux, les impolis, les caïds, les drogués et les voleurs. Clarence sait viser, tirer, dégoupiller une grenade, taper. Je crois aussi qu’il pourrait dépecer un cochon sauvage. Alors, pourquoi pas un homme ? Avec sa grosse barbe, il est le portrait craché d’un boucher roumain que j’avais croisé un soir dans une fête de village. Les couteaux ne lui serviraient cependant à rien. Parce que Clarence, il peut arracher ce qu’il veut à mains nues. Il est aussi fort que ça. Bon, pas de panique, il est pas dingue Clarence. Au contraire. Vous pouvez compter sur lui. Pour vous protéger, pour vous aider, pour vous dire la vérité. Clarence, c’est un bon gars. Un papa. Pour de vrai en plus. Faut entrer « dans » lui pour comprendre. Faut entrer dans sa tête pour l’excuser. Y’a qu’en l’écoutant que c’est possible. On entre pas autrement dans Clarence. Parce que lui non plus, il baisse pas son froc.

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