Lucas… le fils à maman

Toujours work in progress, mon roman avance encore à la vitesse d’un escargot en skateboard… à trois roues. Ça s’étoffe cahin-caha, mais ça s’étoffe. Après les teasers, voici un extrait qui n’en dira pas long sur l’histoire, mais qui place un peu le personnage principal : Clarence, père de famille en bisbille avec sa femme. Ce passage se situe dans les années 90. Ça a son importance.

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Lucas n’a pas pied.
Sa mère lui a acheté des brassards Dragon Ball Z, mais il ne les aime pas. Il voulait ceux avec Sangoku dessus. Pas ceux avec Sangohan. Dans le dessin animé, le père est plus fort que le fils. On s’en moque qu’il soit moins intelligent, dit le rejeton avec l’assurance d’un petit garçon de 6 ans. Dans le bassin, on voit des bouées Batman et des ballons en plastique Sailor Moon. Plein de gamins barbotent dans une eau bleu clair, bleu liner, bleu piscine municipale. Août commence, mes vacances avec. Frédérique a étendu sa serviette à côté de la mienne. Elle est enduite de crème comme un pancake. Elle reluit. Je la lécherais volontiers. Sa mixture à bronzette me laisse encore un souvenir paradisiaque.
Plage et soleil dans le néant déjà dévorant de notre relation.
Les serviettes sont collées.
Un rideau pour préserver les apparences.
Frédérique me rejette.
Lucas sait nager… sous l’eau. Avec son masque de plongée, il a la bouille niaise d’une tête d’ampoule. Il est chou. Une tartine de crème solaire entre les deux biscuits qui lui servent d’omoplates et ce moutard est à croquer. Des allumettes à la place des bras, des cure-dents à la place des cuisses, il a la légèreté d’une brindille. Pour un peu, il flotterait sur l’eau. Moi, au contraire, je suis un gros mérou qui rase les fonds obscurs. Lucas a chouiné pour se baigner sans ses biceps gonflables. Sa mère a cédé à la condition qu’il ne s’éloigne pas du bord. Je n’ai pas donné mon avis. On n’allait pas s’engueuler un quart d’heure après avoir payé nos entrées. Le maître-nageur, avachi sur une chaise d’été, loin de toute la friture humaine, n’inspire guère confiance. Du coup, Frédérique veille au grain. Elle ne parle pas, ne lit pas de revue sur comment choisir le bikini qui rendra dingue son mec, ne se dore pas la pilule. Ses orteils sont plantés dans la serviette. S’il faut bondir, ma femme passera de la station assise à la station repêche d’enfant-en-danger-de-mort en moins d’un centième de seconde. Un bond olympique.
Je suis là pour surveiller Lucas. Je sers à ça. Je suis son père. Mais je dois être comme Sangoku : pas assez intelligent pour le protéger de la noyade.
Pour pouvoir apprécier mon fils, l’exercice consiste à faire abstraction de sa maman. Frédérique s’efface de mon champ de vision et Lucas capte toute la lumière. Il est si fin que je pourrais voir à travers lui. Il saute à la baille et revient en nageant telle une grenouille. Brasse sous-marine, bouffée d’oxygène, et recommence. Sa technique m’épuise. Ce gosse est si menu, si fragile, si vulnérable. Mais il ne coule pas. Son corps gigote pour demeurer en surface. Pas la moindre trace de panique. Un poisson dans son bocal. Une sardine dans son jus. Une fois au bord, Lucas sort, prend un peu d’élan et saute au bouillon en criant « frisbee lunaire ». Je ne sais pas où il est allé chercher ça.
Son plouf ne provoque aucune éclaboussure.
Jetez une fleur au milieu d’un lac. Jetez mon fils au milieu du monde.
La scène se reproduit cinq ou six fois. Pour ne pas qu’il fatigue trop, je le tire de l’eau quelques minutes. Reprends ton souffle petit, il est un peu tôt pour imiter Jacques Mayol. Deux branches d’épinards ne valent pas de vrais poumons bien développés.
Les épaules remontées jusqu’aux oreilles, Lucas grelotte. Il veut y retourner. Pendant qu’il prépare son mini plouf, je me renseigne sur l’origine du frisbee lunaire. Apparemment, Sangoku ne sait pas l’utiliser. Seule Sailor Moon maîtrise cette attaque. On en apprend tous les jours.
Le clapotis des petons du chiard sur les margelles, un plouf et un souvenir pour papa.

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